Club de la Presse Savoie Haute-Savoie

Conseil de presse : une grande avancée

Le 11 octobre 2018, Françoise Nyssen, ministre de la Culture a confié à l’ancien P-DG de l’Agence France-Presse Emmanuel Hoog une mission d’expertise indépendante, visant à proposer le cadre dans lequel une instance d’autorégulation et de médiation de l’information pourrait être mise en place.

Ce dernier est d’ailleurs venu aux Assises du journalisme de Tours à la mi-mars de cette année lever un coin du voile de ce rapport alors en cours de finalisation.

Des conseils de presse existent dans de nombreuses démocraties et leur création est encouragée par la plupart des organisations internationales de défense des libertés publiques, en tant que facteur d’amélioration de la qualité du débat  public, de la liberté de la presse et du jugement éclairé du citoyen. Néanmoins, la création en France d’une instance d’autorégulation et de médiation de l’information est un sujet sensible, qui donne lieu à des prises de position contrastées et parfois radicales.

Depuis plusieurs années, l’ODI – présidé par Patrick Eveno – s’est penché sur la question alimentant le débat par une multitude de recommandations.

Il ressort d’un récent sondage que 74 % des Français sont favorables à la création d’une telle instance. Les entretiens menés avec l’ensemble des professionnels concernés (syndicats professionnels, éditeurs, journalistes, etc.) ont permis de dégager certains grands principes sur lesquels les partisans d’une telle démarche pourraient se retrouver.

Le premier de ces principes est que la création d’une instance d’autorégulation et de médiation de l’information doit résulter d’une initiative des professionnels, a priori sous une forme associative. Sa composition devrait associer représentants des journalistes, des éditeurs et de la société civile.

Cette instance pourrait être saisie ou s’autosaisir des sujets concernant la qualité et la déontologie de l’information (vérification de l’information, précision des faits rapportés, contextualisation, etc.), tout en préservant scrupuleusement la liberté éditoriale de chaque média et en l’écartant expressément de son périmètre d’intervention.

Son champ de compétence pourrait couvrir tous les médias « reconnus » : dans le secteur audiovisuel, les chaînes de télévision et stations de radio du secteur public ou conventionnées par le CSA qui diffusent des programmes d’information et les services de médias audiovisuels d’information à la demande (catalogues de vidéos) ; publications de presse et sites de presse en ligne inscrits en Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) ; agences de presse agréées.

L’instance serait dépourvue de pouvoir de sanction et émettrait des avis, que ses adhérents pourraient s’engager à publier.

L’instance pourrait également être associée à la lutte contre les infox (« fake news ») sur les plateformes, réseaux sociaux et moteurs de recherche (Facebook, Twitter, Instagram, Google, Qwant, Youtube, Dailymotion, etc.).

À l’occasion de la création d’une instance d’autorégulation, le cadre juridique des médias pourrait évoluer dans le sens d’un renforcement de la liberté de la presse. Plusieurs pistes sont envisagées dans le rapport : renforcement de la protection du secret des sources des journalistes ; renforcement de la protection des lanceurs d’alerte ; extension au numérique des principes de la loi « Bichet » ; assouplissement des critères de reconnaissance des sites de presse en ligne ; extension à la presse en ligne des aides au pluralisme.

Le rapport préconise en outre d’organiser une articulation entre l’instance d’autorégulation et le CSA. Il suggère également un traitement favorable par les plateformes des sites de médias adhérents (valorisation des contenus et droits voisins).

En pas moins de 228 pages, le texte décortique le passé et le présent de notre profession en « réflexion collective ».

En conclusion, le rapport indique que « historiquement, la création en France d’une instance d’autorégulation et de médiation de l’information n’a jamais pu aboutir, donnant lieu à des prises de position contrastées voire radicales. »

Il semble qu’aujourd’hui une situation nouvelle et propice apparaisse, « notamment en raison de la conjonction d’une meilleure connaissance des exemples étrangers, du caractère aigu de la crise de confiance et de la nécessité de mieux valoriser les bonnes pratiques professionnelles au regard de la confusion qui règne sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, le risque d’atteinte aux libertés publiques d’une telle instance est sans fondement, à partir du moment où elle est régie par le principe strict, clair et simple de l’autorégulation. La création d’une telle instance ne peut se faire que dans un climat de confiance que l’État, par ses actes et ses prises de parole, doit conforter sans prendre le risque d’une quelconque ambigüité.

La création d’une instance d’autorégulation représente une occasion unique pour les médias professionnels de nouer avec le public un lien à la fois collectif et direct, sans la médiation de la puissance publique (juge ou régulation administrative) ni des plateformes, un lieu de recours et d’échange simple et gratuit. 

Face à la crise économique et démocratique, l’esprit de défiance mine l’espace public et ses acteurs. Le rassemblement de tous ceux qui partagent le métier d’informer, ses valeurs et ses bonnes pratiques n’est pas une chose aisée. »

 

Assises de Tours :

Les journalistes ne doivent pas être « aimables »

Le rapport 2019 de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI)
a été présenté par Christel Leca, journaliste, Véronique Richard, membre
de la société des lecteurs du Monde, Patrick Eveno, président de l’ODI,
et Pierre Ganz (non présent sur la photo, vice-président de l’ODI.

 

Pendant quatre jours, les journalistes francophones avaient rendez-vous cette année encore à Tours pour la 12e édition de leurs Assises. Et comme chaque fois un programme très dense fait d’ateliers et de rencontres sur le thème cette fois de « # les médias : tous les mêmes ? ». Vaste sujet !



L’occasion était donnée également à l’Observatoire de déontologie de l’information (ODI) de présenter son rapport annuel et la mise en cause de l’information. Le président Patrick Eveno et le vice-président Pierre Ganz sont largement revenus sur les préoccupations des défenseurs des libertés, les pressions sur l’information et les tentatives liberticides de régulation de l’information. Ils indiquent que « le nombre des attaques et des pressions contre les médias et contre les journalistes s’est accru ».



Ils ont aussi insisté sur la nécessité « et les modalités de création d’un conseil de presse ou de déontologie journalistique. Une instance d’autorégulation indépendante et tripartite (journalistes, éditeurs, public) parait nécessaire ».



Au cours de la discussion il a été possible d’entendre que « l’information gêne de plus en plus (…) Le président Macron veut des journalistes qui ne cherchent pas trop la vérité (…) L’art de gouverner c’est l’art de simuler ». A propos des gilets jaunes, il a été rappelé que 28 plaintes ont été déposées par des journalistes contre la police. (1)




L’Union des Club de la Presse de France et francophones – auquel le Club des Pays de Savoie est affilé depuis plus de quarante ans  – avait également proposé un atelier animé par le chambérien Romain Hugon sur un thème d’actualité : l’Europe, et son traitement éditorial en régions. Avec autour de la table Xavier Delcourt, ancien responsable de la formation « eurojournalisme » à l’école de Strasbourg ; Marc Duminy de France 3 Nord-Pas de Calais ; Pierre France, fondateur de Rue 89 à Strasbourg et Jean-Yves Vif, ancien rédacteur en chef de la Montagne. (2)



Parmi les ateliers particulièrement suivis, celui sur « la détestation des journalistes, une vieille histoire » qui s’est appuyé sur un récent sondage  (3)  fait apparaitre que pour l’opinion publique « 92% des journalistes sont utiles et que pour 63 %, ils disent tous la même chose ».


Différents professeurs de sociologie, en sciences de l’information et spécialistes de l’histoire de la presse, cette détestation n’est pas nouvelle puisqu’elle remonte au XVIIe siècle du temps des gazetiers. Voltaire s’est battu pour une presse libre mais en fait il l’attaquait. Le monde politique a toujours voulu avoir la main mise sur la presse et cela depuis Louis XIV.



Les nouvellistes du XVIIIe siècle ont été les premiers producteurs de « fake news » d’où des violences verbales et même physiques.



Autre forme de détestation très contemporaine : les « gilets jaunes » et donc des lecteurs avec une forme de colère populaire, colère déjà constatée lors de la première Guerre Mondiale avec l’apparition d’un réflexe corporatiste des journalistes et un divorce entre les journaux et l’opinion publique.



Même s’il est légitime de critiquer les médias, rien ne justifie les violences des « gilets jaunes ».



La recherche de l’amour du public est secondaire et les journalistes doivent avoir bien en tête qu’ils n’ont aucune  obligation d’être aimables vis-à-vis de quiconque, le pouvoir exécutif n’étant pas là pour aider les journalistes. Mais ils doivent être un intermédiaire entre pouvoir et contre-pouvoir, à 56% toujours selon le baromètre Viavoice.



Un constat : les journalistes ne sont pas là pour être aimés mais pour être crus.



A l’heure actuelle, les jeunes journalistes ont une espérance de vie dans la profession de cinq à dix ans au maximum. C’est quasiment fini l’époque où l’on faisait toute sa carrière dans le métier.



Et comme l’écrivait Jérôme Bouvier, initiateur de ces rencontres : « Prière de ne pas laisser le débat dans l’état où vous l’avez trouvé en entrant ».





Jean-Marc Canova

 

 

(1)     Le rapport est consultable sur http://www.odi.media/les-rapports-de-l-odi/

(2)     Lire le compte-rendu sur le site de l’UCP2F : https://www.ucp2f.org/

(3)     Le sondage est à voir sur le site des Assises : http://www.journalisme.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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