Club de la Presse Savoie Haute-Savoie

Assises de Tours :

Les journalistes ne doivent pas être « aimables »

Le rapport 2019 de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI)
a été présenté par Christel Leca, journaliste, Véronique Richard, membre
de la société des lecteurs du Monde, Patrick Eveno, président de l’ODI,
et Pierre Ganz (non présent sur la photo, vice-président de l’ODI.

 

Pendant quatre jours, les journalistes francophones avaient rendez-vous cette année encore à Tours pour la 12e édition de leurs Assises. Et comme chaque fois un programme très dense fait d’ateliers et de rencontres sur le thème cette fois de « # les médias : tous les mêmes ? ». Vaste sujet !



L’occasion était donnée également à l’Observatoire de déontologie de l’information (ODI) de présenter son rapport annuel et la mise en cause de l’information. Le président Patrick Eveno et le vice-président Pierre Ganz sont largement revenus sur les préoccupations des défenseurs des libertés, les pressions sur l’information et les tentatives liberticides de régulation de l’information. Ils indiquent que « le nombre des attaques et des pressions contre les médias et contre les journalistes s’est accru ».



Ils ont aussi insisté sur la nécessité « et les modalités de création d’un conseil de presse ou de déontologie journalistique. Une instance d’autorégulation indépendante et tripartite (journalistes, éditeurs, public) parait nécessaire ».



Au cours de la discussion il a été possible d’entendre que « l’information gêne de plus en plus (…) Le président Macron veut des journalistes qui ne cherchent pas trop la vérité (…) L’art de gouverner c’est l’art de simuler ». A propos des gilets jaunes, il a été rappelé que 28 plaintes ont été déposées par des journalistes contre la police. (1)




L’Union des Club de la Presse de France et francophones – auquel le Club des Pays de Savoie est affilé depuis plus de quarante ans  – avait également proposé un atelier animé par le chambérien Romain Hugon sur un thème d’actualité : l’Europe, et son traitement éditorial en régions. Avec autour de la table Xavier Delcourt, ancien responsable de la formation « eurojournalisme » à l’école de Strasbourg ; Marc Duminy de France 3 Nord-Pas de Calais ; Pierre France, fondateur de Rue 89 à Strasbourg et Jean-Yves Vif, ancien rédacteur en chef de la Montagne. (2)



Parmi les ateliers particulièrement suivis, celui sur « la détestation des journalistes, une vieille histoire » qui s’est appuyé sur un récent sondage  (3)  fait apparaitre que pour l’opinion publique « 92% des journalistes sont utiles et que pour 63 %, ils disent tous la même chose ».


Différents professeurs de sociologie, en sciences de l’information et spécialistes de l’histoire de la presse, cette détestation n’est pas nouvelle puisqu’elle remonte au XVIIe siècle du temps des gazetiers. Voltaire s’est battu pour une presse libre mais en fait il l’attaquait. Le monde politique a toujours voulu avoir la main mise sur la presse et cela depuis Louis XIV.



Les nouvellistes du XVIIIe siècle ont été les premiers producteurs de « fake news » d’où des violences verbales et même physiques.



Autre forme de détestation très contemporaine : les « gilets jaunes » et donc des lecteurs avec une forme de colère populaire, colère déjà constatée lors de la première Guerre Mondiale avec l’apparition d’un réflexe corporatiste des journalistes et un divorce entre les journaux et l’opinion publique.



Même s’il est légitime de critiquer les médias, rien ne justifie les violences des « gilets jaunes ».



La recherche de l’amour du public est secondaire et les journalistes doivent avoir bien en tête qu’ils n’ont aucune  obligation d’être aimables vis-à-vis de quiconque, le pouvoir exécutif n’étant pas là pour aider les journalistes. Mais ils doivent être un intermédiaire entre pouvoir et contre-pouvoir, à 56% toujours selon le baromètre Viavoice.



Un constat : les journalistes ne sont pas là pour être aimés mais pour être crus.



A l’heure actuelle, les jeunes journalistes ont une espérance de vie dans la profession de cinq à dix ans au maximum. C’est quasiment fini l’époque où l’on faisait toute sa carrière dans le métier.



Et comme l’écrivait Jérôme Bouvier, initiateur de ces rencontres : « Prière de ne pas laisser le débat dans l’état où vous l’avez trouvé en entrant ».





Jean-Marc Canova

 

 

(1)     Le rapport est consultable sur http://www.odi.media/les-rapports-de-l-odi/

(2)     Lire le compte-rendu sur le site de l’UCP2F : https://www.ucp2f.org/

(3)     Le sondage est à voir sur le site des Assises : http://www.journalisme.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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